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LA SOLIDARITE PROFITE DU CAPITAL

Le changement paradigmatique, quand à l’approche économique du « capital », auquel invite la crise des valeurs morales actuelles est il, sans crainte, envisageable au sein de sociétés modernes globalisées ?
La recherche du profit doit elle demeurer le but absolu du capital ou doit on au contraire la redéfinir en tant que moyen de résoudre et de satisfaire les difficultés et les besoins inhérents à toute vie communautaire ?
Doit-on cesser de faire primer l’individu sur la société ?
L’impératif de solidarité est il compatible avec les exigences de la performance individuelle ?

Telles sont les interrogations légitimes sous–jacentes à cette nouvelle volonté de changement de perspectives qui se profile à notre horizon immédiat.
Les conséquences désastreuses auxquelles aboutit l’usage outrancier du Capital » est, selon une approche schématique, consécutif à l’agrégation d’un faisceau d’éléments pointant vers une vision de la création de la richesse fondée sur le bannissement de toute morale dans l’exploitation de l’homme par l’homme, de la machine par l’homme et de la nature par l’homme. La cupidité à laquelle conduit l’exploitation des ressources naturelles, celle des êtres humains et le machinisme est la seule et unique cause de la crise des valeurs morales dans nos sociétés actuelles.

Il y’aurait donc grand intérêt à préciser et à aiguiser une certaine approche entre le « capital » et ses possibles déclinaisons spécifiquement négatives dont précisément « le capitalisme ».
Lorsque le capital est utilisé à des fins de profits il est dans un cycle, dirions-nous, normal mais lorsque les profits servent à approfondir le gouffre de la pauvreté, ils amorcent la cadence vicieuse d’une spirale, irrémédiablement, vertigineuse.
L’arborescence du capitalisme à partir d’une option sociétale justifiée et guidée par la seule cupidité à accouché d’une économie capitaliste méprisante et dérogatoire à la morale sociale (le culte de l’argent roi)
Cette remarque serait le point de départ et le fait déclencheur qui aurait conduit certains auteurs dont, notamment, le philosophe allemand Anselm Jappe à confronter cette crise avec ce qu’il appelle le paradoxe du capitalisme.
En effet selon le professeur Jappe, la production, de biens et services n’est jamais, dans une société capitaliste, qu’un simple moyen de superposer de manière effrénée de l’argent à l’argent : « l’argent appelle l’argent » nous rappelle le célèbre tube de Pomelo Mounka des années 1980
Pour le spécialiste des questions de « valeurs » l’unique but poursuivi par les sociétés capitalistes est la recherche démesurée de profits.

A ce paradoxe, dont fait mention l’auteur de la plus complète étude sur l’œuvre de Guy Debord pourrait bien s’ajouter un autre clairement plus important et gravement plus insidieux : le paradoxe des temps modernes.
En effet nous avons tous espéré qu’avec les progrès de la médecine moderne qui rend légitime l’espoir d’un allongement de l’espérance de vie, qu’avec le renforcement de l’Etat de droit qui nous autorise à ajouter foi en une Démocratie qui assure la garantie et l’extension des droits et libertés ainsi que l’affirmation de l’égalité des chances; nous nous sommes dits qu’avec l’essor et la rapidité du développement prometteur des moyens modernes de communications et d’échanges; qu’avec l’effectivité d’une vulgarisation de la technologie qui met à notre service des outils plus ergonomiques de travail et de loisirs, nous avons cru, disais-je en toute innocence que nous pourrions, sans exclusive, disposer des fruits de ce bonheur tant de fois miroité devant nos yeux.

Malheureusement nos désillusions actuelles et les incertitudes effrayantes des prévisions du futur n’ont de cesse, de nous faire déchanter quand à l’émergence d’un monde meilleur.
La classe des « laissés pour comptes » et la cohorte des « indignés » démentent, avec l’effet d’une déflagration, les statistiques déjà pessimistes sur le chômage.
Les scintillements des lumières de la modernité contrastent et se vivent mal avec le sombre rougeoiement d’une mince lueur au fin fond de nos espoirs réduits en tas de cendres.
Vers qui ou vers quoi se tourner ?
Quelle est l’étincelle qui serait capable de ranimer la flamme dans le foyer de nos de espoirs déçus ?
L’alternative à ces paradoxes engendrés par le capitalisme ne pourrait elle pas être la finance islamique ?
Ne se pourrait il pas que ce qui, aujourd’hui, est vécu comme un engrenage vicieux se muât, demain, avec l’émergence de la finance islamique, en un cycle vertueux prometteur d’une juste "récompense" et d’un bonheur réel pour tous

Quoiqu’on en dise, en effet, la recherche du profit reste une activité bien plus que positive. Elle se retrouve, sous réserve de pondération et de modération, de manière harmonieuse à la fois en morale et en religion. C'est vrai qu'il faut bannir l'outrance en toute chose mais l'investissement n’est pas une libéralité, encore moins un acte anodin. Il est au contraire un effort, un semis qui mérite récompense (tout effort mérite salaire). Seulement le bénéfice ou le profit doit être licite, juste et raisonnable autrement le risque de verser dans la damnation que les musulmans appellent la "Ribaa" ne sera pas écarté. Dieu nous en préserve. Il s’agit, en effet, de la portion incongrue, excessive » qui départage le Halal du Haraam en législation islamique.

« Ceux qui mangent [pratiquent] de l'intérêt usuraire ne se tiennent (au jour du Jugement dernier) que comme se tient celui que le toucher de Satan a bouleversé. Cela, parce qu'ils disent: «Le commerce est tout à fait comme l'usure». Alors qu'Allah a rendu licite le commerce, et illicite l'usure. Celui, donc, qui cesse dès que lui est venue une exhortation de son Seigneur, peut conserver ce qu'il a acquis auparavant; et son affaire dépend d'Allah. Mais quiconque récidive... alors les voilà, les gens du Feu! Ils y demeureront éternellement ». (Coran, S. la Vache, V. 175).

C'est, très probablement, dans la même direction qu’abonde le fameux « bon sens commun » s’exprimant dans une maxime à usage multiple: « tout excès est nuisible ».
Les mots "biens" et "services" n'ont pas le même sens dans le plan d'un économiste, que dans les comptes d’un investisseur non plus que selon la foi d'un religieux ou que même dans le cœur d'un philanthrope. Pour les premiers ces mots sont toujours au pluriel alors que chez les seconds ils sont souvent au singulier. "Faire le bien" ou " rendre un service" ce n'est pas comme "acquérir, posséder des biens" ou "vendre des "services". Leur seul point commun est qu'ils agissent tous dans un esprit ou dans une logique de satisfaction de besoins les conduisant aux plaisirs de la jouissance: "morale" pour les uns, "matérielle" pour les autres: Chacun se reconnaitra mais sur tous devrait peser une obligation de solidarité envers les plus démunis et les plus fragiles d’entre nous.
« Investir un euro pour en gagner le double », clairement : non; mais investir deux euros pour en gagner un demi: pourquoi pas? Allah a certes, bien interdit la Ribaa mais il a tout aussi bien autorisé le commerce. Obéir à la Coutume de Dieu c'est, bien sûr, se tenir loin de ses interdits mais c’est tout aussi, et à plus forte raison, s'abandonner à ses licitations et bienfaits nonobstant la crise.

«Alors qu'Allah a rendu licite le commerce, et illicite l'usure ». (Coran, S. la Vache, V. 175).

Bien entendu, toute la question se trouve dans la difficulté à déterminer et à s’interdire de franchir la frontière si ténue mais tellement rigide (Hudud’ al Lah) entre le « rib’h » et la « Ribaa » autrement dit entre le bénéfice et l’usure.

Produire des biens et des services ce n’est assurément pas nous faire du bien et pas le moins du monde nous rendre service. Ceux qui persistent à le comprendre autrement seront encore bien plus indignés demain qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Par les temps qui courent notre éthique de conviction sera toujours malmenée et contraint à baisser l’échine devant les responsabilités qui nous assaillent quotidiennement et qui sont bien plus drastiquement les nôtres.
Le réconfort pourrait bien se trouver dans l’esprit des finances islamiques qui apprécie l’étendu des profits générés par le capital à l’aune de leur efficacité dans la lutte contre la pauvreté et dans l’éradication des inégalités sociales.
L’efficience de la solidarité ne peut pas être prise en défaut par le caractère illimité de la recherche du profit. Il urge, par voie de conséquence, de subordonner la valeur du profit que peut générer le capital à sa capacité effective de réaliser la solidarité nationale: le capital doit continuer à enrichir son homme dans l’objectif, entre autres, de soutenir une solidarité profitable à tous.

En vérité la logique du capital, en soi, ne pose pas outre mesure de grands problèmes. C’est l’usage égoïste qu’en ont fait les acteurs financiers en général (épargnants, spéculateurs, banques, Etats, etc.) qui est problématique et constitue la principale source de frustrations et de paupérisation progressive des couches les plus vulnérables de la société.

En conclusion l’Islam est fondamentalement épris du capital qu’il considère, soit dit en passant, comme l’arme par excellence du Jihad (entendu au sens de contribution à l’effort de solidarité et d’excellence de la communauté) mais face au capitalisme il se veut être un adversaire irréductiblement acharné et combatif.
La civilisation musulmane à travers la finance Islamique semble en mesure aujourd’hui d’apporter, par rapport à ce vieux clash entre riches et pauvres et pour une fois au moins, une solution à bénir et non plus seulement constituer un mal à bannir à tout prix.