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1 septembre 2010

GOUVERNANCE WADE LUMIERE SUR UNE PERSISTANTE CONFUSION SEMANTIQUE

Depuis la prise de fonction du chef de l’Etat Abdoulaye Wade en 2000 jusqu’à nos jours les principaux acteurs de la vie politico-médiatique du Sénégal butent invariablement sur la même difficulté : ils peinent à s’accorder sur un qualificatif, une dénomination, une étiquette à coller à l’exercice Wadienne du pouvoir. Trouver un nom à la manière de gérer le pays telle que pratiquée par le président Wade est la pierre d’achoppement à tout ceux qui débattent ou se débattent dans l’espace public sénégalais.
Et cette difficulté est, à mon sens, à l’origine du plus grand quiproquo sémantique jamais constaté dans une démocratie moderne.
Cette méprise sur la dénomination à donner de la gestion des affaires du pays pourrait même être considérée comme étant la première source de la plupart des difficultés de compréhension du régime de l’Alternance et son acceptation par ses
pourfendeurs habituels.

D’autant que cette lacune constatée dans le décryptage de l’option Wadienne de la présidence est à l’origine de toutes les critiques émises de toutes parts par les différents acteurs sociaux, politiques, syndicaux et médiatiques opposés au régime libéral au pouvoir dans notre pays depuis maintenant plus d’une décennie.
Si certains parmi les plus excités ont parlé de despotisme, de népotisme, ou même de dictature ; d’autres n’ont pas hésités à s’insurger contre ce qu’ils qualifient de comportement arrogant, hautain et bourgeois affiché par le leader charismatique et indéboulonnable du Sopi. D’autres encore ont fustigés les allusions du président relativement à son ascendance généalogique qui fait qu’il se comporterait comme un roi africain dans son royaume. On a même parlé de patrimonialisation du pouvoir par l’actuel chef de l’Etat. Et enfin on nous a servi à satiété dans les journaux, toutes presses confondues, la chronique d’un supposé projet de dévolution monarchique du pouvoir au bénéfice de son unique fils Karim Wade.

Peut-on savoir les raisons d’une si grande éclosion de qualificatifs aussi péjoratifs ? D’où provient le problème ? Quelles en sont les explications ?
On pourrait évoquer plusieurs facteurs, pour tenter de répondre à ce questionnement, au premier rang desquels on pourrait citer un déficit chronique de communication. Sachant que trop de communication tue la communication il ne s’agit donc pas de beaucoup communiquer !
Eh bien où faut il fouiller alors, comment s’y prendre d’autant qu’on dénombre un ministère de la communication, un porte-parolat attaché au gouvernement et un autre logé à la présidence, une cellule communication situé au même endroit ! Comment pourrait-on faire plus ?
Bien. Il ne s’agit pas de faire plus, il s’agit de faire mieux ! Comment ?
Eh bien comme chacun sait : Gouverner c’est prévoir ! Qui ne connait pas cet adage ?
Dire clairement aujourd’hui les difficultés futures de l’économie du pays, les prévenir, les anticiper, les rendre indolores en les administrant, associer les citoyens dans le processus décisionnel, fournir une explication de texte concernant les futures mesures impopulaires qui seront prises et l’utilité des contrôles draconiens qui s’exerceront sur les contribuables, les consommateurs ou plus généralement les citoyens. Rassurer et informer au maximum sur leurs étendues et leurs durées avec méthode, précaution et parcimonie
Personne n’est dupe que pour faire avancer un pays il faut forcément créer de nouveaux impôts, faire patienter dans les inondations, consentir des sacrifices s’il le fallait tout une génération, faire preuve de maturité et de patience démocratique, exiger la solidarité et j’en passe. Mais auparavant il faudra que les citoyens constatent, par eux-mêmes, l’intelligence du travail gouvernemental et ses retombées positives immédiates ou futures sur leur bien-être, dans leur environnement ainsi que dans leurs patrimoines personnels et collectifs. Il faut absolument mettre de la clarté et de la transparence dans les choix des décisions et orientations politiques pour faciliter l’acceptation et l’accompagnement des projets gouvernementaux par leurs destinataires ultimes.

Le « Sopisme » n’est pas qu’un simple changement de régime. C’est aussi, à certains égards, une révolution des mentalités; même si on peut estimer quelle s’est opéré dans du velours. Surtout que nous savons tous que nous le devons au pacifisme de celui qui en incarne le symbole par excellence : « je refuse de marcher sur des cadavres pour entrer au palais » avait il lancé à la face du monde. Ce message avait été clair et univoque ne laissant planer aucune possibilité d’interprétation divergente. Aujourd’hui qu’il va rentrer du palais pour aller paisiblement à sa retraite, je ne pense pas, à ce propos, qu’il veuille tellement changer d’orientation philosophique.
Je soutiens que sur ce point le parallélisme des formes et procédures sera d’autant plus respectés qu’il n’aura objectivement rien à se reprocher si l’on se réfère à l’arbitrage du peuple sur la base d’un « état des lieux » après douze années d’occupation, de détention et d’exercice pouvoir.
Ce bail que le président Abdoulaye Wade à contracté avec le peuple comporte une clause essentielle engageant les deux parties et que l’on pourrait résumer comme suit :
Pour le peuple souverain : transférer momentanément sa souveraineté à l’élu du peuple. (Théorie du mandat : Etendu : délimité en fonction du projet de société proposé, des promesses électorales et des aspirations du peuple. Durée: conforme aux dispositions constitutionnelles et/ ou législatives)
Mise à la disposition de l’élu de tous les moyens liés à la souveraineté du peuple : (Administration, droit de lever des impôts, l’armée, patrimoine. Etc.)
En résumé une obligation de fournir les moyens de réaliser les aspirations du peuple
Pour l’élu : Une obligation de résultat définie par rapport à l’étendu du mandat.
Or, au lendemain de l’élection de Mars 2000 les aspirations, les espoirs et les attentes des populations étaient sans commune mesure avec la morosité de la situation économique doublée d’une atmosphère de surchauffe et de surenchère politique occasionnée par le départ catastrophé du parti déchu.
Il fallait mettre en place un nouveau système en adéquation avec les grandes ambitions des populations sénégalaises meurtries du poids de quarante longues années de gouvernance socialiste dont les vingt dernières années passées dans un immobilisme léthargique dont on ne pouvait soustraire aucun domaine. Le marasme économique et le ras-le bol social avaient finis par avoir raison des populations en atteignant des sommets vertigineux.

Le président Abdou Diouf, comme chacun sait, ne peut revendiquer d’autres mérites que celui d’avoir administré passivement l’héritage de Senghor. Avec Diouf rien n’a bougé au point de nous avoir attiré les foudres des bailleurs de fonds étrangers. Cette situation a perduré jusqu’à l’intervention de la Banque mondiale et du FMI avec des plans d’ajustement structurels rigoureux qui ont fini par l’emporter lui et son régime en ayant au passage sapé le moral de tout un peuple. On se souvient encore des plans d’austérités Sakho-Loum à la fin des années de braises 1990

Contrairement à Diouf, Senghor, lui, avait une vraie ambition pour le pays. Il tenait à cœur de créer une nation unifiée. Malheureusement ses convictions philosophiques n’étaient pas partagées par la majorité de ses compatriotes. Son entêtement a coûté vingt précieuses années à la nation sénégalaise. Car Senghor s’est efforcé tout le long de ses mandats à tuer, par petites doses et à petit feu, le musulman et le talibé qui sont consubstantiels à nous. Pour ce faire Senghor avait lâchement maitrisé ses adversaires politiques qui se trouvaient en travers de son projet machiavélique dont peu de sénégalais avaient réussi à en humer le parfum ou à en percer les subtilités ou encore à mesurer la gravité de ses séquelles.


Heureusement, parmi ces rares sénégalais qui avaient décelé la sournoiserie du projet Senghorien, on comptait un certain Abdoulaye Wade.
Cet homme s’est battu corps et âme dans un esprit démocratique légendaire pour opérer un redressement de la trajectoire inclinée de la destinée du peuple sénégalais majoritairement musulman. Un forcing imposé par Senghor sous la dictée de l’occident chrétien. C’est ainsi qu’une fois parvenu à ses fins le président Wade à fait une déclaration historique devant le khalife général des mourides : « je vous rends le pouvoir, avait-il dit, prenez le, il est à vous. » Tous ceux qui n’avaient pas compris le combat du président Wade avaient interprété cet acte comme l’expression d’une simple allégeance au khalife mouride et l’ont taxé de manœuvre électoraliste et d’offensive de charme envers l’électorat mouride, alors qu’elle était doublée d’un message symbolique marquant un revirement essentiel et catégoriel dans l’orientation philosophique et idéologique de notre contrat social.
Désormais les choses ne se décideront plus en dehors des nombreuses et dynamiques chapelles musulmanes du pays.
Il prit la ferme résolution, dés lors, de prendre le contrepied du projet Senghorien en entamant un sarclage méticuleux de l’héritage de Senghor ; bravant toutes les hostilités et incompréhensions qui venaient même de bords inattendus.

Repassez en revu tous les projets du chef l’Etat Abdoulaye Wade et vous verrez jusque dans le plus petit détail des remises en causes, des destructions, des déconstructions (concepts) des renoncements, des détournements ainsi que des abandons de toutes les réalisations et vestiges laissés par le président Senghor à la postérité, ou gravés dans l’historiographie de la nation sénégalaise.
C’est une purge méthodique, approfondie qui touche à tout ce que Senghor avait entreprit.
« Désimpacter » dans l’imaginaire de l’intelligentsia sénégalaise ainsi que dans l’imagerie populaire toute traces matérielles ou immatérielles laissées par Senghor : tel est véritablement et essentiellement le projet politique de Maitre Wade.
Il était par conséquent naturel qu’un projet d’une telle profondeur et d’une aussi grande ampleur supposât la mise en œuvre d’un pouvoir potentiellement renforcé et qui serait de même nature, situé à la même hauteur et taillé dans les mêmes mesures que celui qui avait permis à Senghor (après avoir mis aux arrêts Valdiodio, M. Dia et compagnie) d’instaurer le sien en imposant et en imprimant sa marque de manière indélébile à la marche de notre nation : La modification de la constitution, le referendum, la substitution du système parlementaire par un régime présidentiel renforcé, le parti unique, la chasse aux opposants, la limitation des courants politiques, les emprisonnement arbitraires, les exécutions sommaires, le musèlement du peuple, limitation de la liberté d’expression, la mise en route d’un agenda de démocratisation connu de lui seul... etc.
Bref l’instauration d’une présidence impériale.
Ce fameux régime pratiqué pour la première fois aux et aux Etats-Unis d’Amérique et en France, et qui se caractérise par l’élargissement des pouvoirs et le renforcement des attributs du chef de l’exécutif. Et où les pouvoirs du président, déjà exorbitants, sont davantage exacerbés, où l’essentiel du pouvoir est concentré entre ses mains et à qui on octroi des prérogatives hypertrophiées en limitant du même coup les différents organes de contrôle de l’exécutif. Cette façon de gouverner est toujours conditionnée par des circonstances exceptionnelles ou justifié par la réalisation d’objectifs de hautes portés politiques, philosophiques ou idéologiques précis et limités dans le temps et ne prend fin qu’avec la disparition des circonstances qui l’avaient engendrées ou à la cessation des événements qui avaient justifiés sa mise en œuvre.
L’indélébilité de la marque Senghorienne avait ainsi atteint sa date limite de péremption avec la survenance de l’Alternance Wadienne.

De l’an 2000 à nos jours le Sénégal vit pour la deuxième fois de son histoire sous le régime d’une présidence impériale et cette dernière, en date, n’a d’autres ambitions que celles d’effacer les effets produits par celle qui l’avait précédée (désenghorisation).
Les acteurs politiques et les médias qui ignoraient cette raison ou qui l’ont interprétée différemment, du fait qu’ils ont été tenus à l’écart ou ont été peu informés de ce projet politique capital, ont alimenté fortement la polémique donnant naissance à la confusion sémantique la plus médiatisée de l’histoire de notre pays.

Ainsi, pour la sérénité et la richesse du débat politique : Que tout monde sache que celui qui avait refusé de marcher sur des cadavres pour accéder au pouvoir, répugnera très certainement encore davantage à en prendre congé d’une façon aussi macabre. D’autant qu’il aspire à aller vers une retraite paisible et bien plus que méritée.
L’usage serein de la plus infime once de bon sens nous aurait conduit, tous, à en être plus que persuadés.
Vive le Sénégal, stable, démocratique et pérenne !

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